



Nous aurions pu être un énième think-tank ou une revue d’analyse géopolitique, un magazine de développement personnel aux tons pastels, une revue de critique littéraire qui critique les critiques d’autres critiques. Il en faut.
Mais nous avons préféré le pas de côté, le regard décalé et joyeux, l’amour du beau, qui s’incarne dans nos pages avec l’art et la littérature.
La revue (Sur)vivre est née d’un désir de créer, de rassembler et d’écrire autre chose que des dissertations, dans l’effervescence d’une deuxième année de prépa littéraire. D’où son nom, qui prend tout son sens dans la pression académique et les perspectives peu réjouissantes de l’actualité… Nous avons décidé de tourner le dos à l’une comme à l’autre. Et seule la beauté sauvera le monde.
L’entreprise serait vaine sans compter d’avance sur un désir d’engagement commun, sur la fécondité des réflexions débattues et partagées, sur les nombreux talents que chacun peut mettre au service de ce projet collectif.
Assumons donc d’être littéraires, car nous n’avons pas d’autres moyens que nos mots et le souci de leur justesse. Et que le tout soit porté par une attention authentique à la langue, pour que l’écriture soit bien l’horizon dans lequel s’inscrit notre pensée. Que la forme de nos propos ne soit pas un simple moyen dérisoire, mais qu’elle soit tout entière au service du plaisir de la lecture, de l’élégance, de la beauté, de la poésie.
Pour réhabiliter une langue déformée par la communication, subordonnée à un impératif de publicité, portons sur tous les sujets un regard sensible au verbe et à sa justesse, capable de tisser des liens plutôt que de diviser, soucieux de décloisonner les disciplines et les arts. Faisons des mots les médiateurs patients d’une réflexion qui s’élabore à la mesure de nos phrases, comme recherche et tâtonnement, à rebours de tout algorithme, de toute fausse évidence.
Nous sommes une revue, certes, mais dénuée de toute prétention académique. Nous préférons ne pas nous prendre au sérieux, assumer joyeusement la parodie, sans militantisme, sans psychologisme, sans moralisme, en vous laissant compléter la liste des -ismes. (Sur)vivre, mimant le luxe typographique de la parenthèse, se veut une pause dans la politique, l’anxiété, le déluge. Stop.
Toutes les pages déjà écrites et toutes celles qui ne le sont pas encore sont riches de possibles que nous voulons saisir un par un. La revue serait nue sans l’œuvre de l’artiste mis à l’honneur pour chaque numéro. À la linéarité du texte s’oppose le tourbillon des couleurs et des images. Aux mots viennent se confondre musique et peinture. Et, pour tendre humblement vers l’’œuvre d’art totale, il faudrait faire de ces pages un opéra vibrant, y ajouter des sculptures, des gravures, des lithographies, davantage de photographie, du dessin, des dorures, et convoquer toujours des artisans de la beauté sous toutes ses formes. C’est pourquoi la revue s’ouvre et se feuillette comme un musée imaginaire, un espace où l’on peut flâner, s’arrêter, contempler. C’est ce qu’à nos yeux la littérature et l’écriture ont de plus beau à nous offrir : le vertige d’une liberté entraperçue, au seuil de la vie intérieure.
Ne jamais se prendre complètement au sérieux et ne pas hésiter à se prêter au jeu de l’autodérision, du second degré, pour user de l’humour comme d’un tranquille moyen de prise de recul, en somme comme d’un outil offert à notre liberté. Cette mise à distance permanente, faisons-en un moyen de dédramatiser nos propos, afin qu’ils n’alimentent jamais une quelconque anxiété. Bref, délestés de tout pathos, qu’ils puissent nourrir au contraire une espérance féconde qui sache motiver une action joyeuse.
Survivre, ce n’est donc pas se poser en rescapés, en victimes d’un désastre déjà advenu ou sur le point de tout détruire. S’agit-il pour autant de mettre l’urgence entre parenthèses ? C’est considérer ces options et leur préférer de s’inscrire dans une action qui ne se contente pas de l’éphémère, du court terme, mais qui soit résolument ancrée dans une espérance qui, elle, nous invite à vivre, voire à revivre.
